A la recherche du bonheur

J’ai eu l’opportunité de donner deux conférences lors des derniers jours. L’une à Raleigh, Caroline du Nord, pour le Red Hat Agile Day le 20 octobre 2015. L’autre à Bordeaux, France, en conférence de clôture du premier jour de l’AgileTour Bordeaux, le 30 octobre 2015.

Les 10 jours qui séparent les deux conférences m’ont permis d’adapter le contenu et le déroulement en fonction des retours que j’avais collectés. Pour ces deux conférences, j’ai choisi de prendre pour base les sessions sur le même thème que j’avais donné en conférence d’ouverture des Drupal Developer Days et à Agile France.


 

Agile

La première phrase du manifeste agile est souvent ignorée.

Nous découvrons comment mieux développer des logiciels par la pratique et en aidant les autres à le faire.

En étudiant cette phrase on comprend mieux l’état d’esprit des rédacteurs du manifeste et les notions d’amélioration continue, d’entraide, d’écoute des autres. On voit aussi que cela pourrait s’appliquer à bien d’autres champs que le développement de logiciels. Et bien sur, qu’il n’y a pas de raison de limiter l’application à une équipe. Ce sont les pratiques et les outils proposés par certains cadres limitent l’application au développement de logiciels ou à une équipe.

Culture

La culture est la partie immergée de l’iceberg que l’on ne peut voir en observant une organisation. On ne pourra voir que les outils et les pratiques. La culture est constituée des principes et valeurs qui s’expriment au travers des actions des membres de l’organisation. Lorsque des pratiques ou des outils sont introduits d’un façon qui ne correspond pas à la culture de l’organisation, même si on peut constater une amélioration initiale, les choses reviennent à leur état précédent rapidement.

C’est ce qui fait dire à Peter Druker :

La culture mange la stratégie au petit déjeuner, la technologie au déjeuner, les produits pour diner et ensuite tout ce qu’il reste.

Une entreprise agile

Lors d’une session de travail avec l’équipe dirigeante d’une petite entreprise (ils devaient être une vingtaine à l’époque), nous recherchions quels étaient les principes et les valeurs de l’organisation. L’équipe savait que l’entreprise était appelée à grandir, et elle voulait conserver la créativité et l’innovation qui avait fait son succès. J’ai eu la surprise que lors de la conclusion de la journée le principe central retenu soit :

Le bonheur des employés

Un principe central articulant l’autonomie, la responsabilité, la confiance, la transparence, la communication et une conviction que grandir en étant agile serait la façon d’accomplir cela.

how-do-feelPour savoir si nous allions dans la bonne direction, nous avons mis en place un sondage demandant chaque jour d’évaluer le niveau de bonheur et de laisser un retour écrit sur ce qui motivait principalement ce niveau. Une façon rapide de collecter des retours sur les points d’amélioration, les choses à poursuivre etc…

C’est lors d’une des sessions régulières d’accueil des nouveaux arrivants qu’une question pourtant simple m’a donné l’envie de creuser plus avant le sujet :

Qu’est que le bonheur ?

Une question simple, à laquelle je n’avais pas de réponse. Tout le monde sait ce que c’est, mais je ne pouvais pas le définir. Je me suis donc inscrit au cours sur la science du bonheur de Dacher Keltner et Emiliana Simon-Thomas de l’université de Berkeley. J’en ai appris plus sur ce qu’était le bonheur, sur les différences entre les personnes heureuses et les autres, et surtout sur comment être heureux.

« Le bonheur est le sens et le but de la vie,le principe et la finalité de l’existence humaine »
Aristote

Pourquoi être heureux ?

Les études scientifiques menées par les chercheurs sur le bonheur montrent ce que parfois l’on devine intuitivement. Les personnes heureuses sont plus sociables, sont plus aimées des autres, plus résilientes, se sentent bien, sont plus coopératives, vivent plus longtemps, sont plus productives, plus énergétiques, ont un système immunitaire plus fort, reçoivent plus de soutien de leur entourage, sont de meilleurs leaders et négociateurs, ont un réseau d’amis plus riche, gagnent plus d’argent, sont plus charitables, sont en meilleure santé, se montrent plus flexible et ingénieux pour résoudre des problèmes.

Qu’est-ce qui nous rend heureux ?

circonstances-niveau-initial-activitesLa réponse ne va peut-être pas vous surprendre, ce n’est pas une nouvelle voiture, aussi attrayante soit-elle. Ce genre de circonstance aura bien un effet sur notre niveau de bonheur, et nous retournerons ensuite à notre niveau initial plus ou moins rapidement en fonction de la nature de la circonstance. L’information la plus importante que j’ai pu collecter lorsque j’ai suivi ce cours sur la science du bonheur était que 40% de notre niveau de bonheur dépends de nos activités quotidiennes et pas de nos gènes ou des circonstances. Nous pouvons donc faire le choix d’influer sur notre niveau de bonheur.

Comment ?

Tout d’abord en étant positif. En essayant de regarder les circonstances sous d’autres angles. Et en pratiquant cela dans toutes les situations de notre vie quotidienne, dans nos relations avec les autres.

Optimisme

En étant optimiste, et en consacrant du temps en tant qu’individu et en tant qu’équipe à étudier ce que pourrait être le meilleur futur. En s’attacher à créer les conditions pour que les personnes puissent faire de leur mieux. Un des exercices proposés est par exemple d’écrire un auto-portrait de ce qui pourrait être le meilleur de soi même. En consacrant 10 minutes par jour à l’écriture de ce portrait, et en le raffinant sur une dizaine de jours, vous en apprendrez plus sur vous même et sur ce que vous pouvez faire.

Gratitude

En exprimant sa gratitude, et en créant les conditions pour que les personnes puissent le faire dans vos vies. Dans les organisations, cela peut-être à l’occasion des rétrospectives, ou cela peut se faire en mettant en place des Kudos Box, ou en donnant l’accès à des Wow cards. Cela peut-être aussi en se consacrant à l’écriture d’un journal quotidien, ou en encourageant d’autres à le faire. J’encourage les stagiaires ou les nouveaux arrivants à tenir un journal de leur vie dans une organisation, ce qui leur permet de garder une trace de leurs étonnements et de leurs apprentissages qui leur seront utiles.

Gentillesse

En pratiquant la gentillesse, les lettres de remerciement qui étaient courantes dans le passé, ont presque disparue et cela pourrait être une bonne idée de les remettre au gout du jour. Il y a même des personnes qui ont créé une journée mondiale de la gentillesse (le 13 novembre) pour promouvoir ce comportement.

Pardon

En pardonnant, une pratique plus simple à énoncer qu’à pratiquer lorsque vous êtes dans la situation de celui qui pourrait pardonner. Une pratique qui comme la gratitude ou la gentillesse bénéficient d’avantage aux émetteurs qu’aux destinataires. Et dans le cas de la gratitude ou du pardon, cela fonctionne même si les destinataires sont absents.

Carpe Diem

Profite de l’instant présent est une idée facile à comprendre et plus délicate à pratiquer. J’aborde ici différentes notions celles du flux de Mihaly Csikszentmihalyi qui permet de comprendre ces moments ou l’on constate que le temps a filer et que nous étions incroyablement concentré et efficace, des moments qui surviennent également en équipe et que l’on peut retrouver grace aux vertus de la focalisation et en minimisant les interruptions. J’ai même vu une équipe qui se synchronisait en utilisant des pomodoros pour s’affranchir des interruptions. Comme le recommande Philip Zimbardo le meilleur mix passé, présent, futur serait de vous connecter aux choses positives de votre passé qui vous constitue, de voir dans le futur ce qui vous aidera à déployer vos ailes pour de nouvelles destinations, et l’énergie de profiter du présent pour explorer, vous même, les autres, d’autres lieux…

Célébration

Savourez les petits plaisirs de la vie est une attitude de chaque instant. Célébrer ses propres succès, les succès de l’équipe ou de l’organisation est une activité importante et finalement peu habituelle. De nombreux modes de célébrations peuvent être envisagés comme créer une exposition du travail des équipes comme il est proposé dans Workout de Jurgen Appelo.

But

Célébrer des succès sous entends que vous avez défini des buts. Les multiples études scientifiques sur le sujet démontrent que ces buts doivent correspondre à des motivations intrinsèques et que les incitations extrinsèques comme l’argent par exemple ne fonctionnent pas. Dans la définition de vos buts, préférez des choses qui vous approche de quelque chose, que des buts destinés à vous éloigner de la situation actuelle. C’est pour cette raison que j’apprécie l’approche des OKR (Objectives and Key Results) car la définition des objectifs et des résultats clés est le fruit d’une conversation avec l’ensemble des équipes et non pas quelque chose d’imposé hiérarchiquement. C’est aussi l’opportunité de ne pas regarder les objectifs comme étant atteint ou non, succès ou échecs, mais de considérer que l’on cherche à se diriger dans une direction et que chaque pas dans cette direction est un succès partiel que l’on peut donc célébrer.

Nourrir les relations

Contribuer à un objectif plus grand que soi. Le faire avec des personnes avec lesquelles vous appréciez être. Constituer votre tribu, votre troupe, le groupe avec lequel vous pouvez être connecté, avec lequel vous pouvez partager, apprendre. Votre environnement a une importance importante sur votre capacité à faire. Vous entourez de personnes passionnées est un moteur extraordinaire. Vous pouvez donc être ce moteur pour les personnes qui vous entourent.

Corps et Esprit

« Un esprit sain dans un corps sain. »

Cette citation de Juvenal que l’on répète depuis… Faites pour nous rappeler que nous avons un corps et que lorsque nous en prenons soin cela a une influence sur notre esprit, et que l’inverse est également vrai. Au delà du sport, une activité idéale à pratiquer à plusieurs, avec des relations personnelles ou professionnelles, la méditation est une porte pour avancer sur le chemin du bonheur.

L’équilibre

Le bonheur au travail sous entends que nous pourrions être heureux ou malheureux en fonction de l’endroit ou l’on est. L’idée d’équilibre vie privé, vie professionnelle créé une frontière entre deux mondes ou nous ne seriont pas les mêmes personnes. Peut-être est-il temps de n’être qu’une seule personne pour cette vie, sans devoir afficher un masque professionnel qui nous ferait souffrir et ferait souffrir les autres ? Peut-être est-il temps d’être nous-même heureux dans la vie ? Et peut-être que cela commence par nous et par notre sourire ?

 

Un grand merci pour les retours dont vous m’avez fait part lors des conférences et pour vos messages sur twitter.

 

Quelques références pour aller plus loin :

2 réflexions au sujet de « A la recherche du bonheur »

  1. J’ai modifié l’article aujourd’hui pour intégrer la vidéo qui vient d’être publié :

    Ainsi que l’interview :

    Un grand merci aux étudiants de MMI Bordeaux pour la captation et le montage, et aussi pour leur gentillesse et leur attention lors de l’événement 🙂

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