Et si nous n’étions qu’au début ?

En regardant la conférence d’ouverture donnée par Lionel Dricot lors de Mix-IT 2014, je me suis dit qu’il était dommage qu’il n’ait pas parlé du revenu de base.

En réfléchissant d’avantage, je me dis que le changement de modèle pourrait se faire par la création d’une monnaie parallèle aux monnaies existantes. Et que le BitCoin utilisé comme illustration des changements en cours par Lionel est peut-être plus proche de la réponse que je ne le croyais.

Imaginons une monnaie dont vous recevriez 1000 pièces chaque mois de votre naissance à votre mort. Votre compte serait effacé à votre mort ce qui vous inciterait à utiliser ou à transmettre avant l’heure fatidique plutôt qu’à thésauriser. Il est même probable que la monnaie devrait être fondante pour éviter la thésaurisation.

Imaginons un système de décision d’évolution du système dépendant du nombre de pièces que vous mettriez en jeu (reflétant l’importance du sujet pour vous et votre « utilité sociale » (comme dise les économistes). Les pièces en jeux permettraient de valider et de financer la mise en oeuvre de la décision.

Imaginons une monnaie qui ne serait pas attaché à un pays, à des frontières, mais qui aurait cours dans n’importe quel pays pour n’importe quel usage. Une façon de s’affranchir des frontières, ses lignes invisibles qui séparent les humains, dont savent déjà s’affranchir ceux qui domicilient leurs revenus ici, qui immatriculent leur bateau là, leur avion encore ailleurs et qui ont un passeport diplomatique de cet autre pays pour circuler facilement dans le monde entier.

Et si le Bitcoin, ne servait juste qu’à démontrer la faisabilité de la création d’une monnaie distribuée ?

Cela voudrait dire que l’on peut créer une monnaie valable pour l’humanité, distribuée à tous chaque mois, pour favoriser les échanges entre tous, sans avoir besoin de centralisation.

Comme toutes les innovations, cela serait surement illégal jusqu’à ce que le système antérieur ne fonctionne plus du tout…

Création monétaire

Suite à une discussion sur les différentes façon de financer le revenu de base (que j’ai abordé à plusieurs reprises sur ce blog), nous en sommes venu à parler de la façon de créer de la monnaie aujourd’hui.

La monnaie est de nos jours créée par jeu d’écriture entre les banques et les emprunteurs, la création de monnaie se fait sous forme de dette, le remboursement détruit de la monnaie.

Les Etats ne peuvent pas créer de monnaie sans s’endetter sur le marché bancaire. Il est souvent fait référence à la loi de 1973 clarifiant la relation entre l’Etat et la Banque de France pour expliquer cela.

Autoriser les Etats à emprunter sans intérêt directement auprès de la banque centrale afin que leur besoin en finances ne s’assortissent pas d’un poids d’intérêt complémentaire aurait un effet intéressant sur l’assainissement de nos finances publiques (en 2011 la France avait une dette de 1700 milliards d’euros… et avait en 40 ans payé 1400 milliards d’intérêts).

La création monétaire est synonyme d’inflation (l’élément unitaire de monnaie vaut moins si il y a plus de monnaie en circulation) les intérêts que payent les états lorsqu’ils empruntent protègent de l’inflation ceux qui disposent de capitaux initialement.

A la vue de l’accumulation de richesse qui s’est produite depuis que ce système est en place, on ne peut que constater son efficacité. L’accroissement rapide des inégalités qui l’accompagne, risque de conduire à une explosion du système. Le fait que les plus riches soient plus riches ne rend pas les plus pauvres moins pauvres comme il a été dit de nombreuses fois, lorsque l’on a progressivement plafonné ou supprimé les impôts pour les plus riches.

Utiliser la création monétaire pour financer une part du revenu de vie permettrait de mettre en circulation la nouvelle monnaie créée directement dans les mains des Européens.

L’effet de circulation de cette nouvelle monnaie serait probablement libérateur de beaucoup d’énergie.

Pour en savoir plus, l’article de Wikipedia sur la Création Monétaire peut-être une première base de lecture.

The Money Myth

Regardez cette intervention de Jim Bendel lors de TEDxTransmedia et posez également la question autour de vous : d’ou viens l’argent ?

Cette illustration trouvée dans Manière de Voir pourra vous aider :

Vous pouvez également regarder le film de Paul Grignon : L’argent dette.

Les indignés

A l’heure ou les indignés quittent la place qu’ils avaient investis depuis le 15 mai à Madrid, je reviens sur la revendication qui m’a le plus surpris :

Nous voulons la démocratie

Surpris, car ce que nous avions communément admis comme des revendications de démocratie pour la Tunisie, l’Egypte, la Lybie, la Syrie et bien d’autres étaient à présent formulé en Espagne (et également en Grèce et en Irlande…). En cause : les institutions « non élues » suivant leur propre agenda et n’agissant pas pour le bien du peuple : Commission Européenne, BCE, FMI… Il est vrai que nos politiques se cachent depuis longtemps derrière ces institutions pour justifier leurs actions ou leur inaction.

Ces institutions qui depuis 2008 peinent à maintenir le système monétaire en fonctionnement en prolongeant la création de monnaie par la dette (dette que nous devrons bien sur rembourser plus tard lorsque la croissance sera revenue). Pour comprendre le propos, il est utile de lire La Théorie Relative de la Monnaie que j’abordais dans un précédent article.

Une grande partie des moins de 30 ans vivent de petits boulots ou de stages mal rémunérés. Certains en viennent à dire que l’abolition de l’esclavage n’a pas eu lieu et qu’à présent pour être esclave, il faut faire des études… Dans le même temps, l’écart entre les plus pauvres et les plus riches ne cessent d’augmenter (presque la moitié des français ont un revenu inférieur à 1500 € et il suffit de plus de 5000 € pour être dans les 5% les plus riches… La courbe devient verticale ensuite, plus verticale qu’elle ne l’a jamais été depuis les années 50… Le système d’impôt dégressif contribue à accroitre l’écart puisque les plus riches payent moins d’impôt en proportion que les plus pauvres).

Un monde fini

Un monde fini pour dire que la croissance ne peut être infinie et donc qu’un mode de fonctionnement ou la création monétaire se fait sur la base d’une dette générant des intérêts est un système à abandonner.

Plus assez de travail pour tous ET beaucoup de travail à faire

Un paradoxe de plus, il n’y a plus assez de travail pour tous, ou autrement dit, la productivité globale a suffisamment augmentée pour que le travail de quelques-uns suffisent à satisfaire les besoins de beaucoup. Et en même temps un grand nombre de besoins sont insatisfaits : accès à l’eau, à la nourriture, à l’éducation, à la santé, dépollution de la production d’énergie, nettoyage de la planète…

Dissocier le revenu et le travail

De la même façon que nous considérons en contractant une dette au niveau d’un état, que celle-ci engage les descendants habitants dans cet Etat, nous pourrions considérer qu’ils touchent un revenu (un dividende) basé sur la richesse que cet Etat à créé dans le passé : c’est le principe du revenu de vie ou du dividende universel. La création monétaire pourrait se faire par l’attribution inconditionnelle d’un revenu de vie à chaque citoyen de façon inconditionnelle.

Cela permettrait à certains de se consacrer à des travaux importants mais n’apportant pas de rémunération immédiate. Lire aussi : le revenu de vie. Cela permettrait également de revoir les principes de l’aide apporté par l’Etat aux plus défavorisés : en rendant le revenu inconditionnel, on supprime une grande part du cout de distribution, de contrôle, de fraude…

En finir avec la dette

Il est essentiel également de cesser avec le principe de dette des Etats qui montre aujourd’hui une fois de plus ces limites (les taux d’intérêts montent hors de proportion alors que le risque réel de défaut est quasi-nul car il impliquerait de mettre fin au système dans son ensemble). Il faudra donc accepter une renégociation de dette par création monétaire sur les 10 à 15 prochaines années et un abandon du système de dette des Etats (pour ceux dont les revenus dépendent de ces placements, c’est évidement une très mauvaise idée…).

Cela suppose pour un pays comme la France dont la dette atteint aujourd’hui 1600 Mds (2010) alors qu’elle était de 1150 Mds en 2006 de créer 100 Mds de monnaie par an sur 16 ans… Ce qui par rapport à la masse monétaire M3 de 9400 Mds dans la zone Euro est assez raisonnable.

Si les états dépassent leur budget et créent un déficit cela doit être dans un investissement durable augmentant le patrimoine (et donc les dividendes futurs) et pas pour rembourser des intérêts d’emprunts qui n’étaient là au départ que pour faire fonctionner le système monétaire (et qui sont aujourd’hui trop élevé par rapport au cout réel de fonctionnement).

Status Quo

La problématique de remettre en cause le système monétaire est qu’il est aujourd’hui la base de tout notre fonctionnement. Le Status Quo est donc bien plus confortable et rassurant : nous savons ce que nous avons, nous pouvons évaluer les dysfonctionnements et s’en désoler de temps à autres… Mais nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce que nous perdrions et gagnerions dans un nouveau système… Alors nous préférons le Status Quo, jusqu’à ce que cela soit intenable et que cela explose : Les indignés nous montrent qu’il est temps de repenser le système dans son ensemble et que nous ne pourrons plus prolonger notre ancien système (qui à moins de 100 ans…) très longtemps…

Les indignés ont montrés que la situation actuelle étaient insupportable et qu’il y avait d’autres voies que la peur de l’autre vers lesquelles se tourner. A la fois enthousiasmant et effrayant comme beaucoup de changement !

Lift11 : deuxième jour

Tiffany St James débutait cette deuxième journée de Lift en proposant un plan d’action pour créer de l’engagement au sein des communautés en ligne. Plan d’action que je pourrais résumer en disant, il faut s’engager dans une réelle conversation et quitter le mode de communication unidirectionnelle classique.

Chris Heatcote poursuivait cette session sur les communautés en ligne, pour évoquer les communautés invisibles. Les communautés qui utilisent l’Internet comme support mais ne sont pas sur le web, ou pas visible sur le web, elles peuvent par exemple utiliser des applications mobiles, mais n’ont pas de site web. Des communautés qui permettent aux personnes de faire ce qu’elle préfèrent : parler de leur sujet d’intérêt.

Azeem Azhar abordait la question de la réputation en ligne et suggérait que nous allions nous orienter vers une « monnaie universelle » de réputation, qui dépasserait les évaluations locales à un outil, comme les recommandations de linkedin, ou les évaluations d’ebay. Cela m’a évidement fait penser aux whuffies de Cory Doctorow, concept d’évaluation de réputation développé ensuite par Tara Hunt.

Memi Beltrame, pour la session Open Stage, présentait Artypedia.org, un site présentant des définitions de l’Art que je vous laisse découvrir : http://artypedia.org

Steve Portigal introduisait une nouvelle session sur les modèles d’innovation en interrogeant la façon dont nous collectons les besoins et concevons les solutions. Il proposait une approche permettant de détecter des besoins réels et de pouvoir y répondre. Aller sur le terrain, regarder ce que les gens font, et leur proposer des solutions extrêmes pour analyser comment ils répondent à ces solutions pour comprendre ce qui est réellement important pour eux.

Nick Coates poursuivait cette session pour parler de ce qu’est la co-création. Une présentation très riche présentant 6 principes de la co-création : pas de spectateur, diversité, humilité, implication des utilisateurs, taille du groupe, la réponse n’est pas déjà là. Les 3Cs : Créativité, Collaboration, Contrôle.

Thomas Sutton terminait cette session par une intervention sur l’innovation ouverte (open innovation) présentant comment innover avec ses utilisateurs.

Il était temps pour un break 😉 et c’est le déjeuner ! On a parlé jeux vidéos et j’ai appris des tas de choses étonnantes sur les approximations mathématiques et sur les simulations !

Steffen Walz débutait l’après-midi en chantant le titre de sa présentation sur la gamification. Bien différente de la pointification que l’on rencontre plus souvent. Il recommande de revenir au racine des jeux pour concevoir des jeux utilisables dans différents environnements.

Retour à l’analogique (et au français) avec Etienne Mineur qui produit des livres papiers mêlant principes des jeux vidéos et interface papier. Il a présenté également des jeux sur interface tactile avec des pions physiques, ou l’inverse des jeux physiques ou le pion est un téléphone. Passionnant ! A découvrir sur les éditions volumiques : http://www.volumique.com/fr/

Une bonne pause après les jeux et on enchaine avec la monnaie…

Brian Solis ouvrait cette session avec les devises sociales (social currencies). Sa présentation est avant tout une mise en garde sur la mesure de notre « crédit social » à nos dépens, utilisé pour mesurer le risque de défaillance pour un pret, ou pour évaluer si l’on est digne d’être embauché… Il propose alors de prendre conscience de cette mesure et de la tourner à notre profit pour décider de ce que l’on partage pour augmenter notre « crédit social »… Les mesureurs : klout ou peerindex par exemple.

Philippe Gendret développait l’évolution de la monétisation des publications : journaux, magazines, livres en fonction des usages et des supports de lectures. Face à cette grande variété, ils envisagent d’offrir des prix et des fonctionnalités différentes en fonctions des usages, depuis le mobile, en passant par les e-ink reader, les tablettes tactiles jusqu’au ordinateurs personnels.

Simon Redfern, que nous avions fait (avec Ayeba) intervenir lors de la session FlossVision lors de l’édition 2010 de l’OpenWorldForum, il présentait le projet OpenBank, destiné à éliminer la corruption sévissant dans les institutions par une transparence absolue du fonctionnement pour les ONG et les entreprises recevant du financement public, et une transparence réglable pour les entreprises et les particuliers.

Yuri Suzuki, prenait la suite pour une session open stage, et présentait ses créations de design pour les dyslexiques et particulièrement de musique pour les dyslexiques qui ne peuvent lire les partitions, ce qui a donné lieu au Color Chaser qui suit une ligne noir et joue un son lorsqu’il rencontre une couleur.

Les illustrations sont réalisées en direct par Strategic Illustration : Elisabeth Auzan, Sarah Clark et Sabine Soeder et c’est véritablement impressionnant !

Dividende universel

Stéphane Laborde est intervenu lors de l’émission Symbiose sur radio libertaire diffusé sur dogmazic (faire un don ici) pour parler de son livre sur la théorie relative de la monnaie.

Une occasion également de comprendre ce qu’est la monnaie, qui permet de favoriser les échanges au dela du troc et les autres fonctions qui se sont ajoutées après…

Une occasion également de parler du projet Open Universal DigitalCurrency (Open-UDC) soit Projet de devise numérique universelle : http://www.open-udc.org/fr:start

De la monnaie…

La théorie relative de la monnaie de Stéphane Laborde explicite l’histoire de la monnaie depuis sa création jusqu’à nos jours et propose une nouvelle approche pour la création monétaire.

Le système monétaire 1.0, est celui à valeur de référence, l’or par exemple. Dans ce système la quantité physique d’or disponible défini la masse monétaire. Le manque de transparence dans la création de la monnaie et à propos de la quantité d’or disponible a conduit à des créations abusives de monnaie ou des raréfaction alors même que des échanges auraient été possibles entre les acteurs économiques.

Le système monétaire 2.0, est celui de l’argent-dette. La création de monnaie se fait par endettement d’un premier acteur, les banques, ce qui va permettre à d’autres acteurs économique de s’endetter auprès de ce premier. Cette inégalité dans la création monétaire favorisant une catégorie d’acteurs économiques au détriment de tous les autres conduit aux dysfonctionnements faisant notre quotidien et devenant criant à chaque «crise».

La solution a ces problèmes de références arbitraires ou d’inégalité devant la création monétaire est apportée par l’auteur par la proposition de mise en place d’un système monétaire 3.0. Dans le système monétaire 3.0, la création monétaire est continue et elle est distribuée entre tous : elle ne privilégie donc pas un acteur par rapport à un autre. Ce système exige une transparence dans la quantité de monnaie en circulation et dans la quantité de monnaie créée chaque année. Cette quantité est fixée en regard de l’espérance de vie, par exemple 5% pour une espérance de vie de 80 ans.

Dans le système 3.0, on ne peut prêter que ce que l’on a, et le taux d’intérêt ne peut en aucun cas être supérieur au taux de création de monnaie. Ceci semble une évidence puisque, dans le cas contraire, il n’y aurait pas assez de monnaie en circulation pour rembourser tous les prêts (capital + intérêt).

L’auteur propose alors deux approches pour une mise en place immédiate de ce système à dividende universel, ou à revenu d’existence.

Simple et efficace, cet ouvrage est à recommander à tous ! Vous pouvez le trouver sur : www.creationmonetaire.info

 

Mise à jour juin 2011 : sortie de la version 2.0